17.1.05

Les Saignantes, mon nouveau film en cours de finitions...

Les Saignantes

Un jour on décide de franchir le pas et de faire une chose qu’on s’est toujours refusé de faire parce qu’on est sous pression. Une pression qu’on ressent seul et qu’on vit seul. On pose un acte. C’est ce qui arrive à Majolie. Elle pose un acte comme quelqu’un qui sera mis sur les rails une fois cette chose qu’on a retourné dans tous les sens dans la tête est consommé. Plus de question… Ca y est, je l’ai fait. Comme si le train du bonheur allait se mettre en route. Fini les problèmes. Ce combat contre soi-même. Jusqu’où est on est prêt à aller et continuer à s regarder dans la glace. La corruption humaine… Oui c’est un problème d’éthique. Je fais une chose que je n’ai pas envie de faire… Mais je le fais quand même parce que je n’ai pas le choix. Quand cette chose est le sexe, et qu’on est une jeune fille, on comprend dès le plus jeune âge ce qu’est la corruption. Majolie sait que l’amour existe et sais aussi qu’elle va contre ce qu’elle voudrait au plus profond d’elle-même. C’est cette blessure qu’elle porte en elle qui justifie son comportement tout au long de ce film.
Et Chouchou sa meilleure amie sait ce qui l’attend elle-même si elle n’a pas encore franchi le pas. Elle est encore plus féroce que Majolie car elle sait qu’elle pourrait encore éviter l’inévitable. La question de la solidarité ne se pose même pas. Il y a un cadavre, il faut s’en débarasser.
Natou bien plus âgée que Majolie et Chouchou décide de se joindre à elles sans leur demander leur avis. Même si leurs raisons ne sont pas les mêmes, leurs envies d’en découdre avec leur vie est partagée. Pour des jeunes filles n’ayant pour seule arme que leur corps et leur bouche, les improvisations sont porteurs d’un espoir. L’espoir que suscitent les gens qui font quelque chose. Agir c’est tout ce qui compte, peu importe si on est pas une professionnelle. Et puis comment faire un plan quand les choses vous tombent dessus ? Comment anticiper là où il n’y a plus d’avenir ? « On va voir là-bas devant ».
Voilà comment le pouvoir que les filles portent en elles se révèle et prend forme malgré les ratés.
Pourquoi ce sont seulement elles qui héritent du cadavre qui va changer la République si ce n’est qu’elles sont élues. Elues par une tradition ancestrale qui veut que les femmes, fortes de leur pouvoir de donner naissance reprennent les choses en main quand tout va mal.
Les filles opèrent une sortie d’enfer en mourrant presque avec le cadavre qu’elles ont dans les bras et font le deuil d’une époque désormais révolue.
La mort doit cesser d’être une fête et le corps des filles doit cesser d’être objet de plaisir des hommes de pouvoir. Ce corps qui doit retrouver toute sa plénitude et sa beauté.

Comment faire un film d’anticipation dans un pays qui n’a pas d’avenir ? Comment faire un film policier dans un pays où on ne peut enquêter ? Comment faire un film d’action dans un pays où agir est subversif ? Comment faire un film d’amour où l’amour est impossible. Comment faire un film d’horreur dans un endroit où la mort est une fête ?
Les Saignantes et donc un film sur ce pays là… Un pays qui n’existe peut-être pas encore mais qui n’est pas loin de naître dans cette Afrique Nécrophile.
Les Saignantes est donc un film d’anticipation…

1 Comments:

Anonymous Martijn Hover said...

Mon cher M. Bekolo,
C'est avec plaisir que j'ai trouvé ce site qui s'agit d'un réalisateur de films venant du Cameroun, mon pays adopté depuis j'ai trouvé ma femme là bas.
Vous savez ou trouver vos films au DVD?
J'ai encore une question pour votre nouveau film, "Les Saignantes." Est-ce-que c'est le film avec la chanteuse K-Tino, comme j'ai lu dans un interview avec elle?
Martijn Hover, Pays-Bas

7:17 AM  

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